Cinéma : l’Île-de-France dans un cercle vertueux

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Affiche du film indien Befikre, tourné en 2016 à Paris.
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Près de 135 000 emplois concernés, des productions étrangères qui s’y pressent et des françaises qui y reviennent. Avec Paris comme centre d’attraction indéfectible, l’Île-de-France connaît une véritable embellie en en matière de production cinématographique et audiovisuelle. Due, en grande partie, à un coup de pouce fiscal des pouvoirs publics.

Cinq récompenses pour deux films (Divines de Houda Benyamina et Chocolat de Roschdy Zem) sur vingt nominations. Tel est le score de la Région Île-de-France aux Cesars 2017. Que ce soit aux Cesars, à Cannes ou dans les autres festivals, voire même aux Oscars, l’Île-de-France est régulièrement présente par les films qu’elle soutient financièrement. Elle est après tout le troisième financeur public national derrière le Centre national du cinéma (CNC) et France Télévisions. Pour 2017, elle a revu son budget à la hausse en investissant 20 M€ dans le secteur (+16% par rapport à 2016). Depuis 2001, elle a soutenu 1 066 films (cinéma et télévision réunis). Surtout, elle concentre aujourd’hui 50% des tournages se déroulant sur le sol français.

Pour faire du cinéma, mieux vaut monter à Paris

Avec le fonds de soutien d’aide à la production de films, il s’agit de la deuxième grande compétence régionale en la matière : attirer les productions sur son sol. Sa forte présence au Salon des lieux de tournage 2017 avec 38 sites exposants (le Louvre, le Château de Versailles, l’Abbaye de Royaumont, le domaine de Grosbois, etc) sur 129 en dit long sur les enjeux. L’activité économique d’abord. En 2015, selon l’Observatoire de la production audiovisuelle et cinématographique en Île-de-France, la région francilienne comptabilisait 5 178 entreprises dans la filière cinéma et audiovisuel, soit bien plus du double que le reste des régions françaises (2 203 entreprises au total). Même si l’Observatoire note un certain ralentissement sur 2013 et 2014, le secteur est très dynamique avec une hausse du nombre d’entreprises de 40% en dix ans. Côté emploi, les effectifs déclarés se montaient à 19 408 permanents et 114 565 intermittents en 2014, contre respectivement 4 926 et 19 251 pour l’ensemble des autres régions. L’adage reste donc on ne peut plus vrai : si on veut faire du cinéma, mieux vaut « monter à Paris ».

Jackie Chan à Chantilly

L’autre enjeu se trouve côté tourisme. Dans un contexte sombre (-8,8% de visiteurs étrangers en 2016 en Île-de-France selon le Comité régional du tourisme), la promotion de ses territoires devient vitale pour la France. Hormis le Tour de France cycliste et ses paysages majestueux, films et séries télé constituent un véritable potentiel d’attractivité. Selon le magazine Ecran Total, il a ainsi été possible de « mesurer que 450 000 personnes s’étaient montrées intéressées pour visiter la Guadeloupe après la diffusion sur France 2 de la série Meurtre au paradis. » Effet de même nature pour le château de Chantilly où fut tournée une partie de Chinese Zodiac, de Jackie Chan. « Le site a connu une montée en flèche du nombre de visiteurs chinois après la diffusion du film dans leur pays », nous dit Ecran Total.

À côté du plan annoncé par Valérie Pécresse pour relancer le tourisme en Île-de-France, l’effet cinéma n’est donc pas à dédaigner. Président du fonds de soutien Cinéma à la Région, Pierre-Yves Bournazel le revendique : « Hormis la haute montagne et la mer, on a tout dans notre région : un patrimoine naturel extrêmement diversifié, mais aussi un patrimoine culturel hors normes. » Au premier rang duquel Paris. En 2016, la capitale a accueilli 848 tournages. C’est moins qu’en 2015 qui en avait totalisé 885. Mais la légère hausse des longs-métrages (118 contre 114) dope le nombre de jours de tournage : 3 068 contre 2 970 en 2015. Michel Hazanavicius y a tourné Le redoutable sur un moment de la vie de Jean-Luc Godard, François Ozon, Amant double, André Téchiné, Nos années folles et Albert Dupontel, Au revoir là-haut.

Attirer et relocaliser

Celui-ci a d’ailleurs failli être tourné en Belgique, tout comme le dernier film de Valérie Lemercier, Marie-Francine. Si tous deux se sont relocalisés en Île-de-France, ce n’est pas pour la beauté des paysages ni même pour le savoir-faire et les compétences des studios de tournage franciliens. Mais grâce au réaménagement de deux crédits d’impôt dont bénéficient les sociétés de production. Le premier qui concerne le cinéma français était autrefois de 20% des investissements et plafonné à 4 M€. Il est passé au 1er janvier 2016 à 30% avec un plafonnement de 30 M€. Le second, dit crédit d’impôt international, et donc destiné aux productions étrangères, qui était de 20%, plafonné à 1 M€ s’est aligné sur les conditions du premier. L’effet d’aubaine a été particulièrement significatif. Il a permis à Michel Hazanavicus de ne pas s’expatrier en Roumanie pour faire son film sur Godard.

Il a surtout permis un triplement des investissements étrangers en France qui sont passés de 57 M€ à 152 M€ en 2016. Le film Jackie, avec Natalie Portman, a ainsi pu se tourner en partie à la Cité du cinéma de Saint-Denis. « Il s’agit d’un secteur extrêmement concurrentiel, explique Pierre-Yves Bournazel. Chacun se bat pour promouvoir son patrimoine, ses industries et son savoir-faire. Le crédit d’impôt s’est révélé une incitation fiscale très efficace. On peut mesurer la dynamique qui est en train de se faire avec plus de productions étrangères et moins de délocalisations. Sur notre région, le taux de délocalisation a été divisé par deux entre 2015 et 2016. » L’effet est particulièrement sensible pour les studios de tournage : ceux de Bry-sur-Marne ont vu leur taux de remplissage passer de 40% en 2015 à 80% en 2016. Dans son rapport d’avril 2016, l’Observatoire de la production audiovisuelle et cinématographique en Île-de-France le prévoyait d’ailleurs déjà : « Les premières estimations concernant les relocalisations de productions françaises majeures et l’apport de nouvelles productions internationales laissent prévoir un saut qualitatif à deux chiffres. L’hypothèse de travail que nous privilégions à l’heure actuelle est celle d’une croissance sans précédent sur les dix dernières années. »

La manne indienne

S’il est un film qui résume ce renouveau de l’attractivité française et francilienne, c’est Befikre. Le film indien d’Atitya Chopra avec la star montante de Bollywood, Ranveer Singh, a été entièrement tourné en France en 2016 : en Picardie, à Cannes et à Paris. Bénéficiant du crédit d’impôt, ses 55 jours de tournage ont permis d’engager 293 techniciens français et de dépenser 8 M€ en France. Les professionnels du cinéma l’ont d’ailleurs bien compris : l’Inde est un nouvel eldorado. En septembre dernier, Olivier-René Veillon, directeur de la Commission du Film d’Ile-de-France, s’était rendu sur place pour rencontrer les producteurs indiens et le Paris Images Trade Show qui s’est tenu fin à la fin janvier avait mis l’Inde à l’honneur. En touchant plusieurs dizaines de millions de spectateurs en Inde, Befikre est aussi un formidable outil de promotion pour Paris. Ce n’est pas un hasard si Anne Hidalgo s’était rendue à la Tour Eiffel le 10 octobre 2016 juste pour y regarder sa bande-annonce. Pas un hasard non plus si Ranveer Singh aura son double de cire au musée Grévin en 2017. Le tourisme indien est en pleine croissance : 500 000 de ses ressortissants avaient choisi la France en 2015, une hausse de 45,4% par rapport à 2014.

Aider les plus petits

Avec un abaissement, au 1er janvier 2017, du plancher du crédit d’impôt international à 250 000 € contre 1 M€ précédemment, l’embellie francilienne sur l’accueil des productions cinématographiques et audiovisuelles devrait se poursuivre et s’affirmer. Les prestations 3D et les effets visuels (VFX) pourraient en être les grands gagnants. Reconnue mondialement, cette filière possède déjà ses fers de lance : Mikros Image à Levallois, Team TO et Illumination Mc Guff à Paris. Ce dernier qui a produit Minions pour Universal et en a fait le film d’animation le plus rentable de son histoire a quintuplé ses effectifs en quatre ans, passant de 150 à 750 personnes.

Ceci étant, le rapport Gaillard de juin 2016 sur ce secteur dévoilait une situation dégradée dans son ensemble dans un contexte de très forte concurrence internationale, avec de réelles difficultés pour les plus petites entreprises. Une fragilité qu’énonçait aussi l’Observatoire de la production audiovisuelle et cinématographique en Île-de-France en avril 2016 : « Depuis 2006, la tendance est à l’augmentation du nombre d’entreprises subissant une procédure de liquidation judiciaire. Pour 2015, la hausse concerne essentiellement la postproduction : +38,5 %. » La nouvelle incitation fiscale pourrait donc permettre aux sociétés les plus modestes de faire leur entrée sur le marché international.

C’est aussi, en partie, le sens de la réforme du fonds de soutien voulue par la Région Île-de-France. « D’un seul collège pour le cinéma, nous sommes passés à trois : un collège destiné aux talents émergents, un autre pour les productions moyennes, et un troisième pour les plus gros budgets. Notre intention étant d’apporter un soutien plus précis à la création et de garantir une diversité culturelle », promet Pierre-Yves Bournazel.

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