Crise existentielle à Paris Métropole

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REPORTAGE. Élection et coup de cafard au syndicat d’études réunissant plus de 200 collectivités franciliennes. Le vote de la Métropole du Grand Paris laisse des marques et ouvre des brèches.

De gauche à droite : P. Braouezec, D. Guiraud, P. Laurent, P. Mansat, J-Y. Le Bouillonnec
De gauche à droite : P. Braouezec, D. Guiraud, P. Laurent, P. Mansat, J-Y. Le Bouillonnec, lors de la conférence de presse du 13/12/13

Comme nous l’annoncions en début de semaine, Daniel Guiraud, maire PS des Lilas, a été élu ce vendredi à la présidence du syndicat d’étude Paris Métropole par 56 voix sur 59 votants (3 abstentions). 55 élus ont refusé de voter, contestant la loi sur le Grand Paris adoptée hier par l’assemblée nationale et dont Daniel Guiraud était l’un des rares défenseurs au sein du syndicat.

De fait, le vote de l’assemblée a automatiquement fait basculer Paris Métropole dans une crise existentielle. “Les désaccords entre nous sont profonds”, a expliqué le président sortant Philippe Laurent (UDI, maire de Sceaux), lors de la conférence de presse qui suivait l’élection. Son successeur en appelle donc à la tenue entre le 15 janvier et le 15 février 2014 d’un conseil extraordinaire afin de statuer sur le devenir du syndicat. Car on peut effectivement se le demander : que va devenir Paris Métropole?

Vieille chaussette

Il sera d’abord chargé de piloter la mission de préfiguration de la Métropole du Grand Paris, censée définir la gouvernance du futur établissement métropolitain et ses conditions juridiques et budgétaires, de préciser les transferts de compétences et d’élaborer la carte des territoires des ensembles d’au moins 300 000 habitants qui composeront la métropole. “Si Paris Métropole ne fait que ça, il n’a plus de raison d’être puisque de toute façon il est prévu par la loi que les élus fassent partie de cette mission”, proclamait Patrick Braouezec à la conférence de presse. Le président Front de Gauche de Plaine Commune qui bataillait depuis plusieurs mois contre le texte de loi n’a pas masqué son amertume et sa déception. “En marge du texte de loi, des déclarations ont été faites qui sont d’un grand mépris vis-à-vis de ce que nous avons entrepris ici depuis plusieurs années. Par ailleurs, le fait que l’une des chevilles ouvrières, Pierre Mansat (adjoint au maire de Paris à Paris Métropole, NDLR), ne soit pas reconduit sur la liste d’Annne Hidalgo pour les municipales, on ne peut pas faire plus fort comme symbole si on voulait dire que Paris Métropole a servi.” Jeté comme une vieille chaussette, le syndicat? “Il va nous falloir savoir très vite, poursuivait Patrick Braouezec, si Paris Métropole poursuit son travail en toute liberté, y compris avec les élus qui sont à l’extérieur du périmètre métropolitain, ou si on ne sert plus qu’à mettre en musique un texte qui a du mal à se mettre en musique. Dans toutes les familles politiques, il y a des velléités de départ.”

Paradoxe poétique

Jean-Yves Le Bouillonnec, maire PS de Cachan et premier président de Paris Métropole en 2010, se voulait plus rassurant : “ La préfiguration a été une suggestion partagée par les élus de Paris Métropole. C’est l’instrument qui va permettre à toutes les communes et les collectivités d’être impliquées dans le projet. Et puisque la presque totalité des élus de la (future) métropole sont membres de Paris Métropole, j’imagine que le travail que l’on pourra continuer à faire sera déterminant sur l’évolution de la loi et sa mise en oeuvre.” Daniel Guiraud était sur la même longueur d’onde, espérant de futures missions au syndicat. Par exemple : “L’une des questions centrales va être l’articulation entre la métropole et la grande couronne. Paris Métropole rassemblant les élus de ces eux entités, il sera leur point de rencontre naturel. La préfiguration est loin d’être le seul sujet.”

Malgré tout la faille semble béante au sein du syndicat, non partisane cependant et symbolisée par les quatre acteurs politiques qui faisaient face aux journalistes. “Nous avons un désaccord philosophique”, résumait Philippe Laurent. “Nous partageons le même diagnostic sur le fait métropolitain, approuvait Patrick Braouezec, mais nous n’avons pas la même façon de le construire.” Voir un élu Front de Gauche en accord total avec un maire UDI face à deux socialistes n’est pas la seule contradiction du syndicat d’études. 75% de ses membres sont opposés au texte voté jeudi par les députés. Et pourtant, Daniel Guiraud, qui fait partie des 25% restants a été élu. Une structure politique élisant un président issu de sa minorité… Rien que pour ce paradoxe poétique, il faut sauver Paris Métropole.

 

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