En crise de croissance, la Société du Grand Paris construit son métro

0
1367
A proximite du Stade de France. Crédits : Société du Grand Paris - Gérard Rollando
Print Friendly, PDF & Email

Alors que l’on apprenait la veille la nomination de son prédécesseur, Philippe Yvin, au poste d’inspecteur général en service extraordinaire à l’inspection générale de l’administration, à compter du 1eroctobre 2018, Thierry Dallard, nouveau président du directoire de la Société du Grand Paris (SGP) tenait sa première conférence de rentrée ce 25 septembre 2018.

 D’entrée il a tenu à mettre les choses au point : terminés les dérapages sur le calendrier ou sur les coûts annoncés du chantier du Grand Paris Express (GPE), terminé aussi le « manque de transparence sur la réalité de la maîtrise des coûts et des délais » pointé par la Cour des comptes dans son rapport au vitriol du début de l’année ; terminé enfin la longue période de tension sur la gouvernance avec l’élection au début du mois de septembre de Patrick Braouezec comme président du Conseil de surveillance – une élection pourtant boycottée par les sept présidents des conseils départementaux d’Île-de-France. Balloté de toutes parts pendant près d’un an, le paquebot SGP serait donc de nouveau à flot. Et ce, même s’il a été annoncé ce 21 septembre un nouveau retard de planning : la ligne 15 sud ne sera pas mise en service à la fin de l’année 2024, mais au milieu de l’année 2025. La faute à une difficulté technique à la gare de Saint-Maur Créteil, il faut dire la gare la plus profonde du réseau située à 51 mètres sous terre.

 Thierry Dallard a aussi distribué les bons points, mettant en avant le sentiment de confiance établi avec les collectivités locales ainsi que le travail colossal réalisé en huit ans d’existence, depuis les débats publics de 2010. Justement, où en est-on ? Sur les 300 chantiers que doit ouvrir la SGP pour construire son super métro, 100 le sont déjà (65 chantiers de génie civil et 35 chantiers préparatoires), soit 30% du projet global. Sur la première ligne construite, la ligne 15 sud qui va de Noisy-Champs à Pont de Sèvres, toutes les gares ont été mises en travaux et deux tunneliers sont à l’œuvre. Le premier, « Steffie Orbival » creuse depuis Champigny et a fait un peu plus de 200 mètres depuis avril. Le second, « Malala », s’est mis en fonction à Noisy-le-Grand début septembre et a avancé de 39 mètres. Sur cette ligne, cinq autres tunneliers vont creuser en 2019, à partir de Bagneux, Arcueil, Créteil, Vitry et Villejuif ; et quatre autres seront lancés en 2020.

La SGP a aussi avancé côté contrats, attribuant son premier marché de génie civil de la ligne 16, qui signifie la véritable mise en route de cette ligne, et choisissant son matériel roulant chez Alstom : soit 1 000 voitures pour 1,3 milliard d’euros. Restent plusieurs marchés à attribuer d’ici la fin de l’année : les systèmes embarqués sur le matériel roulant des lignes 15, 16 et 17 ; l’automatisme de conduite des lignes 15, 16 et 17 ; la tractation pour la ligne 15 sud. Thierry Dallard a aussi tenu à faire savoir que « le projet porte déjà l’économie francilienne » avec 1 013 PME impliquées dont 622 sont franciliennes. À la fin du mois de juin, 2 800 personnes travaillaient sur les chantiers du Grand Paris Express, dont 458 en insertion.

Pour rester dans les chiffres, ajoutons ceux des livres comptables. Sur les 8 milliards d’euros dont a besoin la SGP d’ici 2020, elle prévoit d’emprunter 2,4 milliards en 2018 et plus de 3 milliards en 2019. Par ailleurs, l’entreprise va émettre ses premiers titres de créance sur le marché des Euro Medium Term Note (EMTN), s’ouvrant donc aux investisseurs privés, et choisissant de labelliser « green » ses obligations.

Même en retard et même en dérapage sur son budget, la SGP continue donc d’avancer. Avec un nouveau patron et l’expérimenté Patrick Braouezec aux commandes de son Conseil de surveillance. Cependant, elle ne peut nier une véritable crise de croissance. À y regarder de près, c’est une PME qui conduit le plus grand chantier d’Europe La Cour des comptes avait critiqué le trop faible dimensionnement de l’entreprise qui compte 220 personnes, « là où il en faudrait 1 200 », dixit Thierry Dallard. Le premier enjeu de la SGP est celui-là : grossir, changer de braquet, « sans perdre ses valeurs et ses qualités, dit Thierry Dallard : souplesse, réactivité, proximité. » Elle va donc commencer par embaucher 200 personnes en 2019, puis 200 autres en 2020. Il va lui falloir aussi aborder les difficultés techniques que vont constituer les gares de son réseau, se projeter très vite dans les services aux usagers et articuler le Grand Paris Express avec le système de transport d’Île-de-France Mobilités. Car 2024, c’est demain. Et c’est bien en 2024 que doit ouvrir la toute première ligne (normalement).

Le calendrier du Grand Paris Express au 25 septembre 2018

LIGNE Terminus Fin
15 sud Noisy-Champs à Pont de Sèvres 2024
15 ouest Pont de Sèvres à Saint-Denis Pleyel 2030
15 est Saint-Denis Pleyel à Champigny Centre 2030
16 (premier tronçon Clichy Montfermeil à Saint-Denis Pleyel 2024
16 (deuxième tronçon Noisy-Champs à Clichy Montfermeil 2030
17 (premier tronçon) Saint-Denis Pleyel à Le Bourget RER 2024
17 (deuxième tronçon) Le Bourget RER à Triangle de Gonesse 2027
17 (troisième tronçon) Triangle de Gonesse à Le Mesnil-Amelot 2030
18 (premier tronçon) Aéroport d’Orly à CEA Saint-Aubin 2027
18(deuxième tronçon) CEA Saint-Aubin à Versailles Chantiers 2030

Thierry Dallard estime, que « faute de mauvaise surprise (il faut rester modeste dans ce genre d’exercice), le calendrier est tenable et doit être tenu. »

LAISSER UN COMMENTAIRE

Ecrivez un commentaire
Renseignez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.