Issy-les-Moulineaux : Energie communicante

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DOSSIER: LES TERRITOIRES DU GRAND PARIS NUMÉRIQUE

Depuis 2012, dix grands acteurs privés développent un projet de réseau intelligent à taille urbaine. IssyGrid, implanté dans un quartier existant, multiplie les solutions pour optimiser les usages énergétiques.

« La thématique générale du projet, c’est de réfléchir et d’expérimenter ce que peut être la gestion de l’énergie dans la ville de demain. » Guillaume Parisot est directeur de l’innovation chez Bouygues Immobilier, et pilote du programme IssyGrid. À cheval sur deux quartiers d’Issy-les-Moulineaux, l’un à dominante tertiaire, l’autre à dominante résidentielle, IssyGrid se présente comme l’un des projets les plus avancés en terme de réseau d’énergie intelligent à grande échelle. Ou tout au moins à échelle locale. Tout se passe un peu comme s’il s’agissait d’un immense bâtiment contenant des logements, des bureaux, de la voirie, des espaces publics, des bornes de recharge de voitures électriques… « Nous sommes dans le prolongement de tout ce qui a été fait ces dernières années sur la performance énergétique du bâtiment, sauf que nous raisonnons à l’échelle d’un quartier. » Ce qui change la donne et complique la gestion énergétique. « Les usages sont différents selon qu’il s’agisse d’habitat, de bureaux, d’éclairage public… La question est donc de trouver un langage commun pour que tout communique. »

De l’intelligence dans les tuyaux

Le smartgrid, c’est un peu l’alpha et l’omega de la smart city, la ville intelligente, communicante, qui échange sans cesse des informations. Son potentiel, comme à IssyGrid, résulte justement dans le changement d’échelle, de ne plus penser l’efficacité énergétique bâtiment par bâtiment mais d’intégrer un ensemble urbain pour gagner en performance. Un exemple simple : transférer la surproduction d’électricité générée le week-end pour les bureaux en direction des logements. Cela semble tout bête, mais cela nécessite d’incorporer de « l’intelligence » dans les tuyaux, et donc de raisonner à plus grande échelle.

« Ce qui nous intéresse au premier point, ce sont ces décalages de production et de consommation selon les usages. Et c’est pour cette raison que nous avons choisi de mixer deux quartiers différents. Nous pourrons ainsi, à terme, bénéficier d’un modèle reproductible en France ou à l’étranger. »

IssyGrid est un laboratoire, le porte-parole de solutions innovantes, à mi-chemin de sa durée d’expérience, et qui est en pleine phase opérationnelle : des compteurs communicants Linky ont déjà été installés dans 94 logements, dotés aussi de systèmes d’alerte et de comparaison des consommations énergétiques avec le voisinage ; deux immeubles tertiaires ont été équipés d’aide au pilotage ; et les candélabres de plusieurs rues ont été équipés de capteurs pour graduer l’éclairage public.

IssyGrid entend aussi produire de l’électricité via des panneaux photovoltaïques et du chauffage urbain grâce à des puits de géothermie qui alimentent déjà le quartier du fort d’Issy. Il pourrait aussi mettre à l’œuvre des solutions de stockage de l’électricité via des batteries de seconde main de véhicules électriques redéployées dans des bâtiments ou dans le poste de distribution d’électricité. Pour vivre en autarcie à Issy ? « Non, répond Guillaume Parisot. L’autarcie n’a pas de sens dans un système énergétique aussi global que celui de l’électricité. Nous cherchons plutôt l’osmose. Or, une gestion intelligente de ce quartier permettra d’être encore mieux intégré au réseau global. »

Au carrefour de trois domaines

D’autres projets de smatgrids sont à l’œuvre en Ile-de-France, comme SmartHoche à Nanterre sur le suivi des consommations d’énergie et d’eau ou SmartCampus à Saint-Quentin-en-Yvelines qui doit faire évoluer le campus universitaire en campus durable, mais IssyGrid est sans doute le plus avancé et le plus ambitieux. L’une des raisons en est l’implantation. Issy-les-Moulineaux se positionne depuis plusieurs années sur les nouvelles technologies et le consortium d’acteurs privés qui développe IssyGrid a plusieurs de ses membres installés en ville : Microsoft, Steria, Bouygues Immobilier et Bouygues Télécom. Les autres sont : Total, EDF, ERDF, Alstom, Schneider Electric et ETDE. « Nous sommes au carrefour de trois domaines qui ne se parlent pas tant que ça : la ville, l’énergie et le numérique. Un regroupement était nécessaire, car aucun acteur ne dispose des compétences suffisantes pour mener à bien un tel projet. Chacun l’a financé à part égale en optant pour une gouvernance simplifiée, et c’est sans doute la raison pour laquelle sa mise en œuvre est aussi rapide et aussi efficace. » Coût : entre 3 et 5 millions d’euros. Pour un tel projet urbain, l’enveloppe est effectivement mince.

 

1 COMMENTAIRE

  1. […] Depuis déjà deux jours, la ville d’Issy-les-Moulineaux vit à l’heure chinoise. En effet, parallèlement à la visite officielle du président chinois en France, une délégation de 20 personnes, accompagnant le professeur Xiong Zhang, responsable scientifique du projet Smart Cities pour le Ministère des Sciences et des Technologies chinois est venue découvrir le projet IssyGrid. […]

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