Le Grand Paris Express, œuvre d’art totale ?

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Paysage vu à travers un point d'observation : oeuvre de Tobias Rehberger réalisée pour Nuit Blanche 2016.
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La Société du Grand Paris a lancé sa vaste programmation culturelle et artistique initiée en 2015. Son super métro, une infrastructure de 200 km, prendra aussi les contours d’une immense exposition d’art contemporain.

Ce 4 avril, la Société du Grand Paris (SGP) dévoilait la programmation culturelle qu’elle initie sous la direction artistique de José-Manuel Gonçalvès, directeur du Centquatre. Pour ce chantier hors-norme – « le plus grand d’Europe », selon Philippe Yvin, président du directoire de la SGP -, qui doit à la fois intensifier la ville existante et transformer même radicalement en plusieurs endroits son urbanisation, le choix a donc été fait d’y mêler des expressions artistiques censées affirmer la notion de réseau de ce métro et singulariser ses gares. Pour François Barré, expert culturel auprès de la SGP qui a animé le comité d’experts à l’œuvre sur cette programmation, « le Grand Paris n’est maintenant plus seulement du transport. Son identité que les habitants peinent à percevoir pourra surgir grâce à cette adjonction d’art et de culture au sein du Grand Paris Express. Les 68 gares sont autant de nouvelles portes de Paris qui affirmeront l’identité des territoires. Saint-Denis, ce n’est pas rien… Boulogne, ce n’est pas rien. »

Alice au pays du métro

Et cette programmation culturelle n’est pas rien non plus. D’ailleurs, quelle est-elle ? Ses concepteurs l’ont définie autour de quatre axes : des œuvres pérennes, des œuvres nomades, des fêtes populaires, de l’éducation et de la promotion culturelle.

Le premier axe doit mettre en tandem sur chacune des gares et des centres techniques l’architecte qui conçoit le bâtiment avec un artiste. Douze tandems ont déjà été identifiés. Ainsi, pour la gare de Villejuif-Institut Gustave Roussy, l’une des plus profondes du réseau, l’artiste chilien Ivan Navarro interviendra auprès de l’architecte Dominique Perrault pour créer une œuvre jouant sur la lumière et la profondeur, augmentant la notion souterraine de cette gare. Mais l’œuvre la plus symbolique est sans doute à ce jour celle qui accompagnera la gare de Fort d’Issy-Vanves-Clamart conçue par l’architecte Philippe Gazeau, œuvre du collectif danois SUPERFLEX. Elle se base sur l’histoire d’Alice, une petite fille dont la maison a dû être rasée pour les besoins du chantier. En résonnance avec le « Alice » de Lewis Caroll, SUPERFLEX introduira dans le mobilier de la gare des éléments reconstruits de la chambre de la petite Alice.

Le processus de ces tandems aboutira, dès 2022 et l’ouverture de la ligne 15 sud, à une vaste collection d’œuvres pérennes « digne, selon les mots de Rémi Babinet, président du Fonds de dotation du Grand Paris Express, d’une biennale d’art contemporain. » La totalité des tandems pour les gares et centres techniques sera constituée d’ici à 2019.

Chantier par chantier, KM par KM

Deuxième axe : la création d’œuvres nomades qui doivent interpréter les chantiers en cours et se déployer sur le réseau. Pérennes et mobiles, elles constituent une autre forme de la collection, plus en prises avec les territoires. Deux créations, toutes en lumières, ont déjà été réalisées en 2016 sur le chantier de la gare de Fort d’Issy-Vanves-Clamart et à Issy-les-Moulineaux lors de la Nuit Blanche, signées Pablo Valbuena et Tobias Rehberger. Deux autres sont annoncées pour l’année qui vient : une version urbaine et paysagère d’une rampe de skate par le designer Ramy Fischler et un belvédère-manège du plasticien Céleste Boursier-Mougenot.

Troisième axe : ce que la SGP appelle « les chantiers partagés ». Des rassemblements festifs et populaires en lien avec le calendrier des chantiers et intitulés « KM » (pour kilomètre. En juin 2016, la société du Grand Paris en avait donné un avant-goût avec KM1 sur le premier chantier de génie civil à Clamart. KM1 verra une suite en juin prochain, suivi par KM2 en octobre, lors de la révélation des maquettes des 9 gares de la ligne 16 en Seine-Saint-Denis. En cette année 2017, KM3 accompagnera le ripage d’une dalle de béton sous le RER B en novembre, et surtout, le même mois, KM4 fêtera le lancement du premier tunnelier du métro à Champigny-sur-Marne.

Manifeste de la création

Enfin, dernier axe : Génération Express. « Nos actions s’adressent aux premiers
usagers du métro de demain :
la jeunesse », dit le dossier de presse de la SGP. Elle souhaite donc faire émerger une nouvelle génération d’artistes et de créateurs. Trois premiers appels à projets thématiques seront lancés dès 2017 à destination des jeunes créateurs et des étudiants : Numéri-Scope, Les horloges du Grand Paris Express et Les enseignes du Grand Paris Express. Après sélection par un jury, les projets seront soumis à l’avis du grand public.

En parallèle, la SGP souhaite familiariser les plus jeunes avec son super métro en créant Les classes du Grand Paris Express : kits pédagogiques, temps d’information, visites de chantier, etc.

Soutenant ce vaste programme, 79 architectes, designers et créateurs du Grand Paris Express ont signé le Manifeste de la création à paraître aux éditions Alternatives-Manifestô (Gallimard). Ils y expriment leur ambition d’une sorte d’œuvre d’art totale à laquelle donnerait accès ce nouveau métro. « À rebours d’une vision uniforme et planificatrice de l’infrastructure héritée du XXe siècle, le rôle d’une « culture urbaine plurielle », à l’image des territoires et des futurs usagers, y est énoncé pour bâtir le patrimoine métropolitain du XXIe siècle et imaginer de nouvelles manières d’aménager le territoire », écrivent-ils. Cette gigantesque infrastructure qui va creuser le sol du Grand Paris pourrait donc selon eux bel et bien reconstruire cette métropole.

Un budget adoubé à doubler

Reste le financement de tout cela. La Société du Grand Paris a prévu une ligne sur son budget, non pas le 1% artistique « auquel elle n’est pas soumise », selon Philippe Yvin, mais 1%0. Soit 1,6 million d’euros par an. Une somme que le Fonds de dotation présidé par Rémi Babinet espère doubler. Ses premiers argentiers se sont fait connaître : entre autres, Bouygues, Vinci, Demathieu & Bard. Des grands du BTP qui sont déjà à pied d’œuvre sur le Grand Paris Express. Les 45 chantiers de la ligne 15 sud rapporteront à l’ensemble des acteurs des travaux publics 3,5 milliards d’euros.

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