Paris Métropole vu par ses présidents mêmes : Daniel Guiraud

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Crédit: Philippe Serieys
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PORTRAIT. La création de la Métropole du Grand Paris doit beaucoup à ce syndicat d’élus né à la fin des années 2000. Malgré la naissance de la nouvelle institution, Paris Métropole a acté sa subsistance et nommé un nouveau président pour 2016, le maire PC de Nanterre Patrick Jarry. Ses six premiers présidents se racontent ici. Cinquième épisode, cinquième président : Daniel Guiraud, 2014.

« Les élections municipales de 2001 n’avaient pas été très bonnes pour la gauche, à part peut-être Paris, Lyon et Les Lilas. » Daniel Guiraud rigole, se moque de sa comparaison osée. En mars 2001, ce militant socialiste né à Nîmes en 1958 vient effectivement de prendre un bastion de droite depuis 1959. Il ne se connaît alors pas de prédisposition naturelle pour la métropole. Mais deux projets vont le convaincre. Tout d’abord, celui de la couverture du périphérique porte des Lilas. Avant même la campagne des municipales, il rencontre Bertrand Delanoë, candidat à Paris. « Je lui dis : si tu es élu et moi aussi, qu’est-ce qu’on fait ? Il me répond : on va essayer de travailler en bonne intelligence et en finir avec cette relation entre Paris et ses voisins qui n’est pas saine. » Six ans plus tard, le périphérique sera couvert pour faire place à un aménagement plus urbain et bannir la coupure autoroutière. La Ville de Paris y aura investi près de 50 M€. Delanoë a tenu sa promesse et quelque chose a changé : « Quand les techniciens parisiens sont venus pour la première fois aux Lilas pour une réunion publique sur le projet, c’était très nouveau pour les habitants qui avaient pris l’habitude d’une sorte d’ignorance réciproque. »

Deuxième projet : le prolongement de la ligne 11 du métro jusqu’à Noisy-le-Sec. Daniel Guiraud s’y engage dès 2001 avec Claude Pernès, le maire UDF de Rosny-sous-Bois. Avec Romainville, Noisy-le-Sec, Le Pré-Saint-Gervais, Pantin et Montreuil, ils créent une association pour porter le projet et soutenir des études qui aboutissent à l’inscription de crédits pour le prolongement dans le contrat de plan État-Région 2007-2013. Un autre succès à la clef et surtout des relations qui changent avec les municipalités voisines : « On a su travailler en commun alors qu’on avait l’habitude de se regarder en chiens de faïence. »

« Nous ne sommes pas le syndicat des amis de Paris »

Nécessité fait loi, le projet commun noue les rapports et transcende le partisanisme. Mais pas que. Daniel Guiraud se souvient aussi qu’en 2005, les violences urbaines s’étaient étendues aux quartiers Est de sa ville. Un soir, il se rend avec d’autres élus au stade des Lilas « d’où l’on a une très belle vue sur la Plaine de France et la Seine-Saint-Denis. On y voyait quelques flammes et des colonnes de fumée noire monter un peu partout. C’était assez inquiétant et je pense que les ingrédients qui ont mené à ça sont encore présents aujourd’hui. » Alors, si cela n’a pas été le cas pour tous, il admet que pour lui et les élus qui y ont été confrontés, ces émeutes ont joué un rôle dans le processus métropolitain.

Processus qui s’entame pour lui dès décembre 2001 et le grand rassemblement de la Maison de la RATP. Le nouveau maire de Paris cherche à y nouer de nouvelles relations avec chacune des communes voisines. « Mais de ces relations bilatérales, on s’est vite demandé s’il n’y avait pas moyen de passer à quelque chose de plus global. » Le plus global, c’est la Conférence métropolitaine, créée en 2006. Une nouvelle scène politique sans pouvoir décisionnel, une instance de dialogue. On y partage des sujets et des problèmes communs : logement, transport, politiques publiques… Dès le premier rendez-vous, Daniel Guiraud y fait entendre sa voix : « Nous ne sommes pas le syndicat des amis de Paris, nous sommes une construction volontaire de coopération dans le cadre du Grand Paris. » Pour lui, il s’agit de faire plus et mieux ensemble, de traiter des sujets que chaque ville, individuellement, y compris Paris, est incapable de traiter seule.

« Évidemment, on a gueulé »

Tandis que les élus de la métropole commencent à discuter entre eux et à s’apprivoiser, un acteur entre dans la danse, et pas le moindre : Nicolas Sarkozy, élu président de la République depuis un peu plus d’un mois prononce à Roissy un véritable discours de politique générale sur le Grand Paris. Daniel Guiraud est dans la salle : « Sarkozy, comme Delanoë, c’est un animal politique. Il sent qu’il se passe alors quelque chose dans la métropole et il n’aime pas trop que ça se passe sans lui. Ce jour-là, il annonce même vouloir une communauté urbaine pour Paris. Il reculera sur cette question, mais il met quand même des choses à l’agenda. » Notamment, un nouveau métro pour le Grand Paris dont devra s’occuper son secrétaire d’État, Christian Blanc.

« Cette double boucle, c’est une bonne idée, reconnait Daniel Guiraud, sauf qu’avec Christian Blanc ça a mal commencé. Il voulait un transport très rapide pour les hommes d’affaires qui relieraient trois grands pôles : Saclay, La Défense et Roissy, avec très peu de gares. Une vision d’un aménagement cumulatif avec l’idée que les territoires environnants bénéficient de la dynamique créée. Ce qui est toujours faux, car les pôles n’irriguent pas leur hinterland, ils en absorbent la substance. Il est venu en Seine-Saint-Denis nous faire un grand numéro et nous dire, à propos de notre département : ça ne sert à rien d’arroser les zones arides. Évidemment, on a gueulé. »

Alors que Christian Blanc travaille sur son grand métro, la Région dégaine un projet concurrent : Arc Express. Jean-Paul Huchon, président du Conseil régional, ne voulait pourtant pas entendre parler de nouveau transport. Il s’y résout, peut-être mû par une vieille hostilité avec Christian Blanc avec qui il avait collaboré au cabinet de Michel Rocard dans les années 1980. Les deux projets avancent, chacun de leur côté, et semblent irréconciliables.

« Et puis, ça a pété au Sénat »

Fraichement créé en 2009, issu de la Conférence métropolitaine, le syndicat d’élus Paris Métropole joue alors le rôle de conciliateur. « Nous n’avons pas opposé les deux projets, explique Daniel Guiraud, nous en avons fait une sorte de synthèse. Le Grand Paris Express est né d’une intelligence collective droite-gauche. » Paris Métropole vient de jouer son premier acte qui résonne de telle manière que le syndicat devient vite incontournable dans le paysage politique. Quatre grands sujets commencent à l’occuper. « Deux sont consensuels : le transport et la transition énergétique. Deux autres ne le sont pas : le logement et la solidarité financière. »

Ajoutons-y la question de la gouvernance métropolitaine, même si Daniel Guiraud dit que « ça ne nous occupe pas tant que ça. » Car Paris Métropole est attendu au tournant par le nouveau gouvernement en 2012 et doit lui fournir un Livre Blanc sur l’organisation de cette gouvernance. Le syndicat fait plutôt chou blanc. « Nous ne sommes pas parvenus à produire un corpus doctrinal unique. » Jolie manière de dire les dissensions entre trois conceptions : une métropole coordonnée, une métropole confédérée, une métropole intégrée. « Dans le tour premier texte de Marylise Lebranchu au début 2013, c’est la métropole confédérée qui avait gagné avec une coordination des intercommunalités. Et puis, ça a pété au Sénat sous les coups de boutoir de Roger Karoutchi (LR) et de Christian Favier (PCF). C’est revenu à l’Assemblée et les copains de Claude Bartolone ont ficelé un nouveau texte, cette fois une métropole intégrée avec, sous-jacent, la fusion des départements. »

« Je suis arrivé sous les fléchettes. »

La messe n’est pas dite, loin de là. Votée, la loi MAPTAM est décriée. Levée de boucliers. Paris Métropole s’enflamme. Daniel Guiraud devient président du syndicat dans un climat insurrectionnel : « Je suis arrivé sous les fléchettes. » Pour la première fois, un président de Paris Métropole n’est pas élu à l’unanimité. Présidence tournante oblige, il est pourtant le seul candidat : « La consigne c’était l’abstention. L’idée était de marquer sa défiance par rapport à un socialiste qui était, par définition, le représentant de Matignon. » Résultat : 50 % des suffrages plus une voix. Il faut dire que pour de nombreux élus de Paris Métropole, Daniel Guiraud porte une faute : il a voté pour la métropole intégrée, choix ultra minoritaire au syndicat. Sa présidence durant toute l’année 2014 est une épreuve du feu : « Ça tirait dans tous les coins ». À tout moment, Paris Métropole risque d’exploser. Minoritaire, il s’efforce de porter le point de vue majoritaire du syndicat et de faire la navette à Matignon où le Premier ministre Manuel Valls doit arbitrer. Paris Métropole veut un amendement à la loi MAPTAM. Ce sera finalement la loi NOTRe dont ressort une Métropole du Grand Paris hybride, moitié intégrée moitié confédérée. Quelque chose dont personne ne voulait, un compromis insatisfaisant voué soit à disparaître soit à se transformer.

« La péréquation se fera par l’investissement »

Pour Daniel Guiraud, comme pour beaucoup d’autres, « il fallait tout de même commencer avec quelque chose le 1er janvier 2016. On avancera en marchant. » Et s’il y a quelque chose à faire évoluer selon lui, c’est le périmètre : « Plutôt que Paris et la petite couronne, j’aurais préféré que ce soit celui de l’unité urbaine telle qu’elle est définie par l’INSEE : jusqu’à la limite du bâti continu. Cela me semble plus cohérent et compréhensible. J’irais même plus loin : si j’avais dû faire la réforme des régions, j’aurais fait une région métropole en Île-de-France ramassée sur l’unité urbaine. » Un motif de satisfaction pour lui : les territoires. « Le format à 300 000 habitants pour les établissements publics territoriaux (EPT) me semble le bon. Ce sont des bassins qui offrent des proximités. Si je regarde Est Ensemble (EPT dont fait partie Les Lilas, NDLR), je connais assez bien les sujets qui touchent Bagnolet, Bobigny ou Bondy parce qu’il y a des flux réciproques entre nos villes, des réseaux associatifs. En revanche, je connais moins bien ce qui se passe du côté de Tremblay-en-France ou de Neuilly-sur-Marne. » Quant à la péréquation financière, elle sera compliquée à faire. Mais le Grand Paris Express lui semble un moyen de pallier aux inégalités territoriales : « La péréquation va se faire par l’investissement. L’Ouest parisien a connu un effet d’aubaine avec La Défense. Le transport peut provoquer la même chose à l’Est. Il faut y penser grands équipements, labos de recherche, hôpitaux… »

« L’État s’est rabougri »

Même si la Métropole du Grand Paris (MGP) telle qu’elle s’est créée ne lui semble pas aboutie, il revendique son existence et adopte le point de vue de la maire de Paris, Anne Hidalgo, sur la métropolisation du monde.

« Les flux étatiques se sont rabougris parce que l’État s’est rabougri. Il a perdu de son pouvoir, y compris dans ses compétences régaliennes, au profit de flux privés. Ces flux ne sont pas uniquement transnationaux, mais aussi métropolitains. Quand un investisseur étranger cherche à se renseigner pour investir, il ne va pas voir forcément le consulat ou un attaché d’ambassade, il va voir le bureau du Grand Londres ou du Grand Paris. »

Le nouveau monde s’organiserait donc en hubs et en faisceaux. Le Grand Paris serait un de ces hubs et sa MGP l’institution qui le révèle et l’organise au sein cette arène mondiale hyper concurrentielle. Mais pas que. Daniel Guiraud plaide aussi pour « un travail de coopération entre les grandes métropoles, notamment sur la question de la transition énergétique. » Et il prend un exemple : « Comment faire pour que les constructeurs de poids lourds cessent de produire des camions au diesel pour les services urbains ? Seule, la métropole parisienne n’y arrivera pas. En revanche, si Barcelone, Londres, Berlin, et d’autres grandes villes s’y associent, on pourra faire bouger les choses. L’environnement est un sujet majeur sur lequel la MGP doit se positionner. »

« On n’est pas tous copains, mais on a progressé. »

La Métropole attractive. La Métropole coopérative. Mais aussi la Métropole politique. Le maire des Lilas regarde la décomposition politique à l’œuvre avec tristesse et dresse un terrible inventaire : « Les modes de fonctionnement politique sont complètement archaïques. Le Parti socialiste est un exemple d’archaïsme total, Les Républicains aussi, le Front de Gauche et l’UDI aussi. Les maires résistent ou surnagent quand ils font le job. Le discours politique ne convainc plus, il manque de pédagogie. Les cycles d’alternance sont de plus en plus courts. Les citoyens ne votent plus par adhésion, mais par rejet. Et les rares fois où ils adhèrent, ils ont le sentiment de s’être fait avoir parce que les politiques n’ont pas pensé le jour d’après. Il faut un grand projet collectif. » La MGP pourrait être celui-là, où se diffuse l’esprit moderne de Paris Métropole. « Le syndicat nous a appris à nous connaître, à nous comprendre. On n’est pas tous copains, mais on a progressé. » Y compris avec les nouveaux maires de 2014 ? « Y compris. Des nouvelles têtes sont arrivées, des jeunes de droite qui voulaient en foutre plein la gueule aux socialos. Mais avec un peu de sens commun et de l’humour, on y arrive, même face aux plus vindicatifs. » Pour Daniel Guiraud, Paris Métropole doit donc poursuivre son œuvre de nouvelle fabrique politique qui est un véritable succès : « Paris Métropole s’est créé avec un objet précis : faire reconnaître le fait métropolitain. Quelle plus belle reconnaissance que la naissance de la Métropole actée par la loi républicaine ? »

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