Paris Métropole vu par ses présidents mêmes : Patrick Devedjian

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photo: Philippe Serieys
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PORTRAIT. La création de la Métropole du Grand Paris doit beaucoup à ce syndicat d’élus né à la fin des années 2000. Malgré la naissance de la nouvelle institution, Paris Métropole a acté sa subsistance et nommé un nouveau président en 2016, le maire PC de Nanterre Patrick Jarry. Ses six premiers présidents se racontent ici. Sixième épisode, sixième président : Patrick Devedjian, 2015.

19 décembre 2014. Patrick Devedjian est élu à l’unanimité président de Paris Métropole pour 2015. Qui l’eût cru ? De fait, sa victoire est sans surprise puisqu’il est seul candidat. Malgré tout, on imaginait mal celui que certains suspectaient de vouloir dynamiter le syndicat d’élus en prendre la tête. On imaginait mal ce personnage souvent clivant présider un cénacle bâti sur le consensus. On imaginait mal enfin que celui qui pourfendait la métropole institutionnelle (« une usine à gaz ») soit le même qui prenne les rênes de la Mission de préfiguration censée, durant son mandat, porter cette Métropole sur les fonts baptismaux. Se serait-il « parimétropolisé » comme on a pu le dire ? « Je le prends bien quand on dit cela de moi, répond-il. Et cela a peut-être été aussi l’occasion pour moi de renverser quelques préjugés. »

La courte aventure Île-de-France Métropole

Avec Patrick Devedjian, tout est affaire de contradiction. Avocat de métier, il la porte. Homme politique, il la manie. Aux premiers mots de Paris Métropole, il avance : « J’en suis le cofondateur. » On le regarde avec de grands yeux étonnés : une provocation ? Il poursuit : « Quand Paris Métropole a été créé en 2009, Bertrand Delanoë m’a sollicité en tant que président du département des Hauts-de-Seine. J’ai participé aux travaux au début puis c’est François Kosciusko-Morizet, le maire de Sèvres, qui a assuré le suivi régulier entre le département et Paris Métropole. » Cofondateur donc d’une organisation contre laquelle il lance quelques mois plus tard, en novembre 2009, une association concurrente : Île-de-France Métropole. La logique ? La défense de son camp :

« Paris Métropole était alors largement dominée par la gauche. C’est d’ailleurs pour cette raison que Bertrand Delanoë l’avait créé, pour dominer la droite qui était minoritaire. Qui plus est, la gauche disposait de puissants instruments intellectuels face à nous, c’est-à-dire l’Apur et l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Île-de-France (IAU). Elle était en mesure de proposer des projets et des perspectives face à une droite éclatée, inorganisée et sans réflexion commune. »

Il faut dire aussi que la campagne pour les élections régionales de 2010 bat alors son plein. Île-de-France Métropole est un outil pour porter la candidature de Valérie Pécresse (UMP) face à Jean-Paul Huchon (PS). En mars, Huchon est élu. Quelques semaines plus tard, Paris Métropole est reconnu par la loi sur le Grand Paris comme instance de concertation. Fin juin, Patrick Devedjian et le Conseil départemental des Hauts-de-Seine réintègrent le syndicat.

Imposer les Hauts-de-Seine

La présidence tournante de Paris Métropole possède l’avantage de la prévisibilité. À moins d’une désintégration en cours de route (ce qui n’a pas manqué de survenir), on sait donc très tôt qu’en 2015, c’est un élu LR (ou UMP) qui occupera la fonction. Et on croit savoir qui : « Dans mon esprit, c’est François Kosciusko-Morizet qui devait devenir président. » Mais le maire de Sèvres est victime d’un grave accident cérébral en 2013 (il mourra en 2015). Patrick Devedjian décide alors de prendre la suite. Il a face un lui un concurrent que beaucoup annoncent comme « naturel » : Patrick Ollier, le maire de Rueil-Malmaison. En juin 2014, une sorte de primaire s’organise à Nanterre. Rapide. Patrick Devedjian l’emporte. Son adversaire dénonce un coup de force, mais se retire. À droite comme à gauche, des élus du syndicat s’inquiètent déjà d’une présidence Devedjian qui viendrait miner les efforts pour bâtir la Métropole du Grand Paris et pourrait entrer en conflit direct avec le gouvernement. Lui dit vouloir défendre l’honneur des Hauts-de-Seine : « J’ai considéré qu’il était important que mon département assume la présidence de Paris Métropole, car nous avions fait l’objet d’une vindicte permanente. Les Hauts-de-Seine, ce serait la richesse et l’égoïsme. J’ai souvenir de ministres socialistes disant que nous étions le navire amiral de l’UMP et qu’il fallait le couler. »

« Une usine à gaz sans gaz »

Si son élection en décembre 2014 fait grincer quelques dents, tous, à droite comme à gauche, souligneront à quel point il aura su au final endosser le costume et porter comme ses prédécesseurs cette organisation atypique où les élus de tous bords parviennent à discuter entre eux. « Je suis un homme de dialogue, fait-il remarquer. Et Paris Métropole est un lieu de dialogue franc. Les différences et même les oppositions sont clairement posées, la gauche et la droite ce n’est pas la même chose, ce n’est pas la même politique non plus. Mais dans ce cadre-là, vous ne vous dites pas que l’autre prend une posture. Vous vous dites que c’est sa vérité, même si elle s’oppose à la vôtre. C’est de nature à permettre le vivre ensemble. La confrontation démocratique de gens de bonne foi et de bonne volonté finit par élaborer le chemin. »

Le chemin c’est celui qui conduit vers la création de la Métropole du Grand Paris (MGP) au 1er janvier 2016. Durant toute l’année 2015, c’est donc Patrick Devedjian qui est aux manettes en coprésidant avec le préfet de région la Mission de préfiguration. Il doit sculpter les tuyaux de cette « usine à gaz sans gaz » où il ne siégera pas : « J’ai été président de Paris Métropole et de la Mission de préfiguration, mais comme Moïse je n’ai pas le droit d’entrer en terre promise. C’est ridicule, il fallait impliquer tout le monde, les départements comme les autres collectivités. »

« Quel est le bon niveau de compétences ? »

La MGP est effectivement une assemblée de maires où n’ont pas été conviés les départements de petite couronne. Elle est même une institution qui, à terme, pourrait les faire disparaître. Et Patrick Devedjian les défend mordicus. Il les préfère aux Établissements publics territoriaux (EPT) constitués en même temps que la MGP : « À quoi sert de vouloir supprimer des départements pour en recréer de plus petits ? L’intercommunalité a 15 ans, mais n’a toujours pas trouvé son rythme de croisière. Ce n’est pas le cas des départements qui ont 200 ans d’expérience. Toutes les villes y sont représentées ou presque. La coopération entre les communes et le département, qui est délicate, a trouvé son point d’équilibre. » Le bon niveau d’intercommunalité serait donc le département. Ou plutôt faut-il parler en termes de compétences : « À Anthony (dont il fut le maire de 1983 à 2002, NDLR), nous avions fondé une intercommunalité avec six autres communes. Nous avions commencé par mettre en commun le ramassage des ordures en rassemblant sept systèmes de ramassage différents en un seul système homogène. C’était pas trop mal et on gagné de l’argent. Mais pour que ce système fonctionne, il fallait que le ramassage soit rapide. Rapide et donc moins efficace, moins propre. Au final, le service s’est dégradé. Donc, quel est le bon niveau ? Le problème est le même pour la Métropole : quel doit être son niveau de compétences ? »

Un vice majeur

Lui milite pour des compétences stratégiques, de celles qui permettent le développement économique et génèrent de la croissance. Il soutient une vision qui doit faire du Grand Paris un rival à la hauteur du Grand Londres. « Je crois à la portée historique de la métropole. La Métropole, ce sont les aéroports, le fluvial, l’articulation avec La Havre, le tourisme, la grande voirie, la compétence économique, l’emploi. » Mais alors, une Métropole en conflit direct avec la Région ? « Oui, c’est même son vice majeur, au départ. Entre la Région et la Métropole, il va falloir choisir à un moment ou un autre. » Il semble qu’il l’ait déjà fait puisqu’avec Pierre Bédier, son homologue des Yvelines avec qui il a effectué un rapprochement tendant vers la fusion des deux départements, il soumettait en septembre dernier aux candidats de la primaire de droite à l’investiture des présidentielles de 2017 une proposition de réorganisation territoriale dans laquelle il écrivait vouloir « supprimer purement et simplement la Métropole du Grand Paris » et « consacrer la Région Île-de-France comme la collectivité territoriale incarnant le Grand Paris métropolitain ». Pour autant, autre contradiction, il considère que « la Région n’est pas le bon périmètre pour la métropole. Le bon périmètre, c’est la zone dense, au sens de l’agglomération urbaine définie par l’INSEE, avec l’idée que cette zone dense évolue. » Pas facile de s’y retrouver.

« L’administration est au service d’elle-même »

Une constante demeure toutefois chez ce libéral convaincu qui mit en chantier l’acte II de la décentralisation lorsqu’il était ministre délégué aux Libertés locales entre 2002 et 2004 : la défense des élus locaux contre l’administration centrale.

« Nous sommes dans une société complexe et grippée. Mais ce ne sont pas les hommes politiques qui sont incapables de réformer, parce que ce ne sont pas eux qui gouvernent réellement. C’est l’administration. Et l’administration est particulièrement conservatrice, elle ne gère pas le pays, elle est au service d’elle-même. Les élus sont en fait des gens qui dérangent les fonctionnaires. »

Il souhaiterait, en retour, les déranger dans la fusion qui s’annonce entre l’EPADESA et Defacto dont il est le président : « Sur La Défense, il faut redonner la main aux élus locaux. Je ne vois pas pourquoi ce quartier devrait être géré par des fonctionnaires qui changent tous les deux ans et n’ont aucune idée de ce territoire. » Un cheval de bataille aussi pour l’avenir de Paris Métropole qui, selon lui, doit « être un mouvement de résistance à la haute administration, tout autant qu’un lieu de dialogue permanent entre la Métropole et la grande couronne en vue d’élaborer un projet renouvelé de Métropole. » Des idées partagées par bon nombre d’élus du syndicat. L’iconoclaste Patrick Devedjian est bien l’un d’eux. Peut-être même est-ce sa présidence, au départ controversée, qui a finalement conforté l’existence de Paris Métropole.

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