La Zone, le Paris des fortifs et des chiffonniers en 1928

0
623
La porte de Clignancourt en 1928 Crédit: Agence Meurisse
Print Friendly, PDF & Email

VINTAGE FRIDAY. En 1928, Georges Lacombe, alors assistant de René Clair, filme les chiffonniers qui occupent la zone. Sa caméra est toujours en plan fixe, nous montrant le cadre et les conditions de vie des « zoniers », s’intéressant au travail des chiffonniers où l’on voit la récupération, le tri, le compactage des matériaux récupérés. Les « acteurs » se prêtent de bon gré aux mises en scène de Georges Lacombe qui soigne particulièrement ses cadres et nous livre un document où se mêlent poésie et réalisme comme dans la séquence du concert d’orgue. La tronche des « poulbots », la simplicité de ce peuple pauvre et un habitat précaire ne peuvent que susciter l’empathie du spectateur. Pourtant cette zone de terrains vagues qui s’est constituée tout autour de Paris près de l’emplacement des anciennes « fortifs’ », décrétée inconstructible, inquiétait à l’époque énormément le bourgeois qui associait ce lieu au mythe des bas-fonds parisiens. C’était le refuge d’une population de nouveaux migrants issus de l’exode rural et d’une populations miséreuse et nombreuse que les grands travaux de rénovation de la capitale repoussaient en périphérie. Entre 1899 et 1913, le célèbre photographe Atget prend de nombreuses photos des bidonvilles qui bordent la capitale. En avril 1919, la zone militaire est déclassée et annexée à la ville de Paris qui se lance dans un grand plan d’urbanisme pour assainir les portes de la ville. Sur les anciens terrains vagues se construisent les premiers logements d’habitat bon marché, le HBM étant l’ancêtre du HLM. Ce film tourné en 1928 montre qu’il a fallu de très nombreuses années pour faire disparaître la zone et sa pauvreté d’autant plus que de nombreux zoniers refusent l’expulsion, faisant valoir un statut de petits propriétaires. Organisés en une « ligue des zoniers » ils souhaitent être indemnisés pour la perte de leur modeste logement.
On peut voir à la fin du film quelques plans de la Goulue, célèbre danseuse du Moulin Rouge immortalisée par Toulouse Lautrec, qui nous montre une dernière fois ses jambes.

« La Zone, au pays des chiffonniers » un film de Georges Lacombe
1928, film muet de 25′
La société des films Charles Dullin

Vous pouvez voir d’autres documents sur les chiffonniers sur le site du Musée Historique d’Environnement Urbain (MHEU)

Georges Lacombe est né à Paris en 1902, il débute sa carrière cinématographique comme assistant de René Clair en 1924. En 1928 il réalise son premier film «La zone: au pays des chiffonniers», reportage muet d’inspiration naturaliste. Pionnier du cinéma parlant avec René Clair, il l’assiste sur le premier film sonore français «Sous les toits de Paris» avec Albert Préjean, Mila Parély et Edmond T. Gréville. C’est à partir de 1931 qu’il commence sa véritable carrière de réalisateur/scénariste avec son premier long métrage «Un coup de téléphone». Cinéaste discret, sa carrière est riche d’une trentaine de films dans lesquels on croise: Préjean, Edwige Feuillère, Claude Dauphin, Renée Saint-Cyr, Eric Von Stroheim, Michel Simon, Michèle Morgan, Bardot, Jean Gabin, Raimu, Fresnay, Alice Sapritch. Avant sa retraite, il signe quelques films pour la télévision puis se retire à Nice. Il décède à Cannes, le 14 avril 1990.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Ecrivez un commentaire
Renseignez votre nom ici